Hommage à Jean Hervé

C’est avec tristesse que nous avons appris le décès jeudi 16 février de Jean Hervé, fondateur de l’entreprise éponyme, qui est le premier soutien financier du programme Arbres Sauveurs, depuis nos débuts en 2011.

C’est suite à une rencontre avant tout humaine, conclue par une simple poignée de main, que Jean Hervé s’était alors engagé à nous soutenir pendant plusieurs années en Haïti.
Une attitude représentative de cet homme, dont les valeurs ont guidé et dessiné toute sa vie, des valeurs qui mettaient le respect de l’être humain et de la nature au cœur de tout projet.
Des valeurs qui s’exprimaient – et s’expriment encore – à la fois dans le soutien aux populations les plus démunies à travers des programmes de reforestation et de scolarisation (Haïti, Madagascar…), en France et en Europe à travers une défense farouche de l’agriculture biologique, mais aussi dans le fonctionnement entier de l’entreprise qu’il a créée et que ses enfants ont repris (production traditionnelle et écologique, participation à l’économie locale…).

Une personne qui mettait ses pensées en actes assurément et nous savons que ses enfants poursuivent avec passion dans ce même esprit.

Sans l’entreprise Jean Hervé nous n’aurions certainement pas pu atteindre les 150‍000 arbres plantés en Haïti en ce début 2017… c’est donc  avec gratitude que nous souhaitions lui dédier cette étape significative.

Jean Hervé, crédits : page facebook de l'entreprise Jean Hervé

Jean Hervé (crédits : page facebook de l’entreprise)

 

Une année qui se finit et une nouvelle qui germe

Pour sûr, l’année 2016 a été contrastée pour Haïti et pour le programme. Les élections – présidentielles, législatives et municipales – tant attendues n’auront toujours pas eu lieu, et l’ouragan Matthew, a été suivi par des inondations, avec pour bilan des champs dévastés, des arbres balayés par le vent, des habitations écroulées, des pertes de bétails et de réserves de nourriture, et évidemment une prolifération des moustiques et du choléra… De même l’aide internationale, échaudée par les malversations de l’après tremblement de terre de 2010 – des deux côtés, Haïti et donneurs –, s’est montrée très timide a intervenir. De notre côté des projets auxquels nous croyions beaucoup ne se sont pas lancés comme prévu et nous avons du faire face à des problèmes d’organisation.

Cependant, peut-être est-ce aussi là un signe de maturité, l’envie de ne plus faire les mêmes erreurs. Intervenir en Haïti c’est se confronter à une pauvreté systémique ancrée dans une histoire qu’on néglige souvent. L’aide d’urgence et extérieure ne peut suffire, et les Haïtiens semblent de plus en plus demander des formations, des graines et tout autre moyen d’acquérir de l’autonomie, afin de décider eux-mêmes ce que leur pays doit devenir, selon leur culture. Et en bien des points ils nous montrent qu’ils n’attendent pas pour s’organiser et trouver des idées. (À voir notamment le petit reportage sur l’association Acted http://info.arte.tv/fr/haiti-les-oublies).

Voilà en quoi l’année a été belle aussi dans un sens.
La pluie est revenue après 1 an et demi dans certaines régions ; notre visite de terrain en mars dernier nous a permis de rencontrer de nouvelles organisations locales, de faire de nouveaux partenariats ; tous les noyers mayas d’environ 5 ans ont fleuri et fructifié et continueront donc de le faire les années à venir ; nous avons réussi à importer 800000 nouvelles graines et ces arbres seront bientôt distribués à des milliers de familles ; de nouvelles personnes ont rejoint l’équipe ; une jolie ferme permacole se développe à toute vitesse du côté de Cap Rouge ; l’importation prochaine d’une belle quantité de graines sèches devrait pouvoir lancer tout un programme de micro-crédit ; et le programme se développe maintenant aussi du côté du Mexique avec des partenariats scientifiques de bonne augure.

C’est avec tout ça en tête que nous entamons cette année 2017, une année qui prend racine dans un sol enrichi par tout ce qu’a apporté l’année précédente et nous espérons que ses fruits seront beaux.

Nous vous souhaitons donc une bonne année, consciente et engagée.

La petite équipe du programme Arbres Sauveurs de Biomimicry Europa : Chloé & Daniel en France, Lauren au Mexique, ainsi que Nelly en tant que bénévole.

Quelques unes des 80000 graines de Chokogou envoyées en Haïti. Photo du Dr. Bernd Neugebauer de Chan Ká Vergel (Oxkutzcab, Yucatan)

Quelques unes des 80000 graines de chokogou envoyées en Haïti. Photo du Dr. Bernd Neugebauer de Chan Ká Vergel (Oxkutzcab, Yucatan)

Film, Le Monde et Haïti

Après une fin d’été et un début d’automne focalisés sur de nouveaux partenariats et l’importation de 80000 graines, et ce malgré des tempêtes au Mexique, puis le plus gros ouragan qu’Haïti ait connu depuis 2009 — on vous en parlera plus dans un prochain article —, nous avons eu le plaisir de voir la vidéo réalisée par La Belle Société Production reprise hier par Le Monde.
Une belle manière de revenir sur les origines du projet et ses évolutions actuelles.

Merci donc à toutes les personnes qui ont contribué de près ou de loin à à ce programme. Bon visionnage !

http://www.lemonde.fr/sciences/video/2016/11/10/ces-arbres-sauveurs-qui-stockent-le-co2-dans-le-sol_5028808_1650684.html

 

Voyage en Haïti : organisations et agriculture

La nature a horreur du vide et Haïti n’échappe à cette règle, là où l’on pourrait croire qu’il n’y rien, il y a en fait une multitude de petits ou grands groupements paysans qui structurent le paysage et la vie de leurs communautés.

Notre dernière visite des partenaires terrain en Haïti, nous a permis de rencontrer 5 d’entre eux, ainsi qu’un étonnant institut dédié à l’agriculture, Zanmi Agrikol. Avec eux nous nous concentrons sur la base du programme : faire pousser des arbres multifonctionnels par et pour les Haïtiens.

Les Gwoupman Peyizan représentent des milliers de paysans regroupés en associations, mais ignorés par la plupart des programmes internationaux. Situation d’autant plus dommage qu’ils apparaissent souvent là où les besoins sont les plus prégnants et sont un facteur de résilience des communautés. En effet, outre la mise-en-commun de moyens pour la production agricole, ils participent aussi au développement de l’éducation et de la santé de leurs membres via des formations, des micro-crédits, des formes de sécurité sociale, etc.

Nous collaborons avec eux depuis quelques années à travers notre partenaire Article29 qui a su tisser des liens entre les différents groupes. Ils ont déjà reçu des pieds de chokogous – parfois parce que nous leurs avons proposés, parfois à leur demande après qu’ils aient eu vent du programme. Le voyage fut l’occasion de rencontrer 5 d’entre eux : OP7G (Gros Morne, Artibonite), CEFEDEC (La Victoire, Nord Est), OPAB (Bahon, Nord Est), MPR (Ranquitte, Nord Est), et OPBSR (St-Raphaël, Nord Est). Malgré diverses difficultés (manque de moyens financiers, difficultés d’accès routiers, manque d’eau..), ils restent des acteurs essentiels pour qui veut travailler dans ces régions. À nous d’établir un partenariat adapté à chacun.

Changement de décor avec Zanmi Agrikol, c’est un immense centre dédié à l’agriculture que nous avons pu visiter. En effet cette organisation, née de l’initiative de Gillaine et Charles Warne en lien avec Zanmi Lasante (Partners in Health) – l’ONG de Paul Farmer, docteur spécialiste d’Haïti de renommée mondiale –, est un centre de formation pour 250 élèves, ainsi qu’un lieu d’expérimentation avec un laboratoire des sols, des pépinières, des composteurs et différents types de cultures tout autour du centre. Ils se concentrent principalement sur la région du Plateau Central, mais pourraient bien participer au développement de toute l’île.

Intéressés par le noyer maya ils ont reçu plusieurs plantules et nous espérons qu’ils pourront poursuivre les recherches sur cet arbre étonnant.

Réunions avec les différents groupements paysans :

Visite de Zanmi Agrikol :

 

Quelques photos prises entre deux réunions :

Voyage Haïti : nouveaux partenaires

Certains programmes optent pour une reforestation massive sur un temps assez court et une zone déterminée, avec de ce fait un périmètre d’action assez focalisé. Mais comme dans le vivant, la diversité des approches nous paraît intéressante et nous essayons de la favoriser à notre échelle. C’est pourquoi nous envisageons plusieurs manières de reforester Haïti sur le long terme notamment en soutenant nos nouveaux partenaires dans leur démarche : Nadine Dominique et Jean Arnaud. Bien que différents, leurs projets ont pour objectif de développer et faire connaître la permaculture. Tous les deux ont vécu à l’étranger, mais c’est bien dans leur pays qu’ils veulent maintenant s’investir.

C’est sur les hauteurs de Cap Rouge que Nadine Dominique a choisi d’installer sa future ferme permacole. Une ferme qui se voudra un modèle d’agriculture apte à préserver la biodiversité et renforcer l’autonomie des populations locales. Si tout reste à faire, elle a déjà le soutien de grands noms de la permaculture et surtout un très bel emplacement encore relativement préservé de la déforestation. Plusieurs noyers viendront donc participer à la création de son jardin forêt d’ici quelques mois.

L’idée de Jean Arnaud c’est de faciliter le développement de l’agroforesterie, de la permaculture, ou même de la résilience alimentaire, que ce soit en permettant aux Haïtiens de se former dans de mini centres avec des ressources accessibles (notamment un accès à des sites internet dédiés, des vidéos…) ou même en suivant des formations, avec à la clé la possibilité de répliquer ces centres et ainsi à terme créer une communauté de permaculteurs dans toute l’île. Connaissances, pratique et réseau sont donc les mots clés de son idée. Le projet paraît fou, mais le coeur, l’énergie et l’intelligence avec lesquels Jean l’élabore depuis longtemps, pourrait bien lui permettre d’atteindre son objectif. En tout cas nous on a décidé de l’accompagner !