Voyage Haïti : nouveaux partenaires

Certains programmes optent pour une reforestation massive sur un temps assez court et une zone déterminée, avec de ce fait un périmètre d’action assez focalisé. Mais comme dans le vivant, la diversité des approches nous paraît intéressante et nous essayons de la favoriser à notre échelle. C’est pourquoi nous envisageons plusieurs manières de reforester Haïti sur le long terme notamment en soutenant nos nouveaux partenaires dans leur démarche : Nadine Dominique et Jean Arnaud. Bien que différents, leurs projets ont pour objectif de développer et faire connaître la permaculture. Tous les deux ont vécu à l’étranger, mais c’est bien dans leur pays qu’ils veulent maintenant s’investir.

C’est sur les hauteurs de Cap Rouge que Nadine Dominique a choisi d’installer sa future ferme permacole. Une ferme qui se voudra un modèle d’agriculture apte à préserver la biodiversité et renforcer l’autonomie des populations locales. Si tout reste à faire, elle a déjà le soutien de grands noms de la permaculture et surtout un très bel emplacement encore relativement préservé de la déforestation. Plusieurs noyers viendront donc participer à la création de son jardin forêt d’ici quelques mois.

L’idée de Jean Arnaud c’est de faciliter le développement de l’agroforesterie, de la permaculture, ou même de la résilience alimentaire, que ce soit en permettant aux Haïtiens de se former dans de mini centres avec des ressources accessibles (notamment un accès à des sites internet dédiés, des vidéos…) ou même en suivant des formations, avec à la clé la possibilité de répliquer ces centres et ainsi à terme créer une communauté de permaculteurs dans toute l’île. Connaissances, pratique et réseau sont donc les mots clés de son idée. Le projet paraît fou, mais le coeur, l’énergie et l’intelligence avec lesquels Jean l’élabore depuis longtemps, pourrait bien lui permettre d’atteindre son objectif. En tout cas nous on a décidé de l’accompagner !

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Voyage en Haïti : visite de nos principaux partenaires

Nous en parlons souvent, nous travaillons de concert avec des partenaires terrain présents depuis le début du programme Arbres Sauveurs : Sadhana Forest Haiti et Article29. Impossible donc d’effectuer un voyage en Haïti sans les revoir.

Première étape : Sadhana Forest Haiti, dont le centre est installé à Anse-à-Pitre dans le Sud-Est de l’île, près de la frontière avec la République Dominicaine. Il nous aura fallu plusieurs heures de transport – dont 5h de bateau – pour rejoindre cette petite ville côtière. Cette région possède une végétation assez spécifique avec des zones très arides. Néanmoins Sadhana Forest y a construit un centre avec plusieurs pépinières et travaille avec les habitants pour planter plusieurs espèces d’arbres fruitiers, dont nos chokogous qu’ils soignent avec beaucoup d’attention. C’est d’ailleurs là que les premiers arbres du programme ont été plantés il y a 5 ans et qu’ils ont donné leurs premières graines il y a quelques mois.

C’est donc avec un grand plaisir que nous avons pu voir et goûter ces fruits – tout en préservant les graines évidemment – et nous rendre compte que presque tous les noyers du même âge étaient en train de fleurir. La nouvelle génération de noyers mayas semblent donc assurée et les premières graines ramassées ont d’ailleurs déjà germé.

C’est ensuite tout au nord autour de Source Chaude que nous avons retrouvé Hébert Pierre, co-fondateur de Article29 et notre très précieux coordinateur haïtien. Dans cette région les difficultés sont particulièrement visibles avec une grande déforestation, des sols très abîmés et une sécheresse qui n’en finit pas – pas de pluie depuis 1 an et demi. Cela va évidemment de pair avec des difficultés économiques, d’accès au soin et à toute forme d’infrastructure. Malgré cela, là aussi nous avons pu constater que les plus vieux chokogous étaient sur le point de fleurir, signe que ces arbres sont capables d’aller chercher l’eau très loin dans le sol même dans ces régions. Mais encore faut-il qu’ils ne se fassent pas manger par les chèvres que les habitants laissent gambader partout et qui affectionnent particulièrement les jeunes pousses…

Nous avons aussi pu voir que plusieurs habitants, tel que Hébert, redoublent d’effort pour se fédérer et trouver des solutions pour la communauté. C’est ainsi que nous avons vu la nouvelle école qui remplace enfin celle qui s’était effondrée en 2010 et pour laquelle, après de longues négociations avec le ministère, ils ont pu obtenir des financements. Malheureusement elle n’est pas encore finie, car l’ingénieur responsable du chantier est parti avec une partie de l’argent : une bonne illustration d’un autre problème courant auquel ils ont à faire face…

Espérons que les actions de reforestation finissent par porter leurs fruits et amoindrissent les effets de la pauvreté.

Sadhana Forest et Anse-à-Pitre (cliquer pour voir en plus grand) :

Source Chaude et Lagon (cliquer pour voir en plus grand) :

Voyage en Haïti : arrivée et Haiti Communitere

Mener un programme de reforestation dans un autre pays n’est pas une chose aisée et cela ne peut se faire qu’avec la collaboration d’un grand nombre d’acteurs sur place. Cependant les rencontres physiques restent primordiales – pour établir une bonne confiance, montrer notre engagement et pour voir de nos propres yeux les réalités de terrain – et c’est pour cela que mi-mars nous sommes partis à deux pour cette visite annuelle de nos partenaires haïtiens.
3 semaines donc, pendant lesquelles nous avons pu visiter les personnes et organisations présentes dans le programme depuis le début, rencontrer 5 groupements paysans, lancer de nouveaux projets et bien sûr jeter un coup d’oeil aux différents chokogous plantés un peu partout sur l’île. Et pour se faire le voyage n’aura pas été exempte de transports de tous types (moto, bus, bateau…) afin de se rendre aussi bien au nord qu’au sud-est, en passant par le plateau central, Cap Rouge, Cap Haïtien et évidemment Port-au-Prince comme point de ralliement régulier.

Bien que ces semaines furent denses, nous allons tenter de résumer quelques points forts ces prochaines semaines.

Dans ce premier article petit aperçu de Haiti Communitere (http://haiti.communitere.org/), notre lieu de résidence à Port-Au-Prince. Ce lieu, qui se veut un point de rencontre pour toute personne/organisation travaillant pour Haïti, possède des chambres, mais aussi un fablab et des salles de réunion, le tout avec un objectif de durabilité (toilettes sèches, compost, earthship, etc.). Un point de chute qui avait donc du sens pour nous et qui nous a notamment permis de rencontrer quelques membres de l’UPA (Québec, https://www.upa.qc.ca/fr/), un modèle de coopératives agricoles plutôt intéressant, qui nous a fourni de précieux conseils.

Enfin Haiti Communitere fut l’occasion de retrouver quelques uns de nos noyers mayas plantés il y a peu. Cependant il nous a fallu les replanter ailleurs sur la propriété afin de leur garantir plus d’espace. Leurs nouveaux emplacements devraient maintenant leur permettre de s’épanouir pleinement.

Ci-dessous quelques photos de Haiti Communitere (cliquer pour agrandir) :

Et quelques images prises entre Port-au-Prince et Gonaïves :

M. de Tussac et le noyer perdu

BrosimumAlicastrum-Tussac
À travers quelques unes de nos recherches pour en découvrir toujours plus sur notre cher Noyer Maya, nous somme tombés sur un texte datant de 1808 du naturaliste F. R. de Tussac : Flore des Antilles, ou Histoire générale, botanique, rurale et économique des végétaux indigènes des Antilles, et des exotiques qu’on est parvenu à y naturaliser.

Le naturaliste y décrit le Brosimum alicastrum et y vante ses nombreux bienfaits :

« il [l’arbre à pain] est cependant précieux, mais bien moins, selon moi, que l’arbre intéressant que je viens de décrire. Cet arbre avoit été connu de Brown, mais il n’en avoit pas assez senti ni fait connoître la grande importance ; il le désigne par le nom générique de Brosimum, mot dérivé du grec, qui signifie bon à manger. »

« les Anglois de la Jamaïque le nomment Bread Nuts, qui signifie noix-pain, parce que ce fruit sert de nourriture aux pauvres blancs, lorsque le pain est cher ; il sert aussi de nourriture au nègres quand les vivres sont rares ce qui arrive parfois par des sécheresses de plusieurs mois, qui n’empêchent pas le Brosimum de rapporter beaucoup. J’ai eu l’occasion de manger de ces fruits sur la hatte de M d’Aguilar ; je les ai trouvés très-bons, soit grillées, soit bouillis, et je ne crois les pouvoir mieux comparer qu’à nos chataîgnes d’Europe, qui servent aussi de nourriture aux paysans pendant plusieurs mois de l’année. »

« Ce qu’il y a de bien plus important dans cet arbre, c’est qu’après que la récolte des fruits est finie, on coupe les sommités des branches qui sont très-garnies de feuilles, pour servir de nourriture aux boeufs, aux chevaux, aux mulets, aux moutons, et même aux cochons, sans que cela nuise à la récolte des fruits pour l’année suivante. Ce fourrage  est d’autant plus précieux , que cet arbre croît dans des cantons arides où les sécheresses, qui durent plusieurs mois, font périr toute autre espèce de fourrage. Ce précieux végétal, dont l’écorce est pleine d’un suc laiteux, semble pousser avec d’autant plus de vigueur, qu’il fait plus sec et plus chaud.  »

De Tussac y indique aussi son intention de l’introduire à Saint-Domingue – l’ancien nom de l’île d’Hispaniola, que se partage aujourd’hui Haïti et la République Dominicaine –, mais de malencontreux événements lui fera perdre toute sa cargaison de plantes vivantes… notre noyer avec…

Dommage ! cela aurait été une belle preuve de la présence de l’arbre en Haïti, car en effet il est toujours difficile de dire si le Noyer Maya y existe ou y a existé avant notre programme – sachant que sa présence est avérée dans tout le reste des Antilles.

Le texte reste cependant intéressant à lire et il est amusant de se dire que dans un sens nous sommes les héritiers de ce naturaliste passionné.

Ci-joint le texte en question (voir p.104-108 et p.237 pour l’illustration) : Flore des Antilles, F. R. de Tussac

Conférence en vidéo

« Mieux vaut tard que jamais » dit-on, et cet article ne démentira pas l’adage avec cette vidéo d’une conférence dédiée à Arbres Sauveurs, réalisée le 19 mars 2014 dans le cadre des rencontres « Mycélium » de Biomimicry Europa. À voir ou à revoir donc !