Ou chèche Chokogou a!

(« Vous cherchez des Chokogou là! « )

Anse à Pitres, sud-est d’Haïti,  11 Juin 2013 – Le GPS dans une main, et l’autre pour écarter les cannes à sucres et autres plantes, j’essaye de localiser le 34ème Noyer Maya de ma liste de 50 arbres, sous-échantillonnage de 250 pieds géolocalisés l’an dernier à Anse à Pitres. Je suis assisté par Erika, coordinatrice actuelle de Sadhana Forest Haiti, et Nixon, le responsable des distribution et du suivi auprès des populations, qui connait de mémoire l’emplacement de tous les arbres, apparemment (45 000 arbres ! )

Un petit groupe de gamins de retour de l’école, agés de 8 à 10 ans,  s’approche et nous regarde a travers la haie, et puis l’un deux sort cette phrase, avec un grand sourire : « Ou chèche Chokogou a! ». Ils savent qui on est, et sur quoi on travaille, et veulent nous dire qu’ils nous connaissent…   Le « Chokogou » est le nom créole inventé par notre partenaire Article29 pour le Noyer Maya en Haïti.

Je réalise ce que ca signifie : tout simplement qu’après 3 ans de présence quotidienne de Sadhana Forest dans la ville, et 2 ans du programme sur le Noyer Maya, après les dizaines de formation, le festival du Chokogou de l’an dernier, après tout ces efforts, au moins un but est atteint et même au delà de nos espérances : quasiment 100% des 9000 habitants de la ville connaît le Chokogou, et pourquoi on le plante ! Une petite victoire qui fait un beaume au coeur dans ce pays ou tout est difficile, et qui est aussi porteuse d’espoir pour l’avenir.

La présence continue et à long terme est une des clés, simple mais pourtant rarement appliquée par les ONG, pour une action de développement réellement concertée avec les populations locales, et réellement efficace.

(du coup j’ai fait répéter les enfants, devant mon appareil photo :o) !! Réponse plus timide mais affirmative)

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La liste… premier pas vers l’agriculture « en boucles fermées » biomimétique !

Au cours de la formation de Novembre 2012, nous avons pu enfin aborder ce qui vient « après avoir planté un ou des arbres »… le premier pas vers un système intégré, donc !

Nous sommes en région de pauvreté extrême, où chaque planteur manque de presque tout : pas d’outil, pas de réservoir d’eau, pas de tuyaux, etc.

Pourtant nous sommes sur Hispaniola, la première île des « Indes occidentales »  qui a été « découverte » par Christophe Colomb, et qu’il décrivit comme un Jardin d’Eden !

Certaines régions traversées en république dominicaine sur la route vers « Ansapit », ou certaines petites zones préservées comme la vallée encadrant Cascade Pichon dans les montagnes (photo de fond du blog), en donnent encore une idée de ce que l’ensemble de l’île pouvait montrer : jungle luxuriante descendant des montagnes jusqu’à la mer, rivières cascadant des eaux turquoises au milieu des arbres… Avocats et pamplemousses  sauvages gros comme des melons…

Alors comment se rediriger vers cette abondance? Avec des gestes si simples que chaque fermier, chaque femme prenant soin de son « Jaden Lakou » (Jardin dans la cour) puisse les faire, sans aucun nouveau moyen, avec ce qu’il possède déjà?

Une liste courte des pratiques essentielles à appliquer

Première élaboration d’une liste courte des pratiques essentielles à appliquer… Anse-à-Pitres, décembre 2012. Photo D.Rodary/Biomimicry Europa

En s’inspirant du travail fait au Sénégal par l’association Sahel People Services, et de leur charte agroécologique en 6 points, nous avons commencé à essayer d’élaborer une liste des points essentiels pour commencer à « boucler les boucles ».

Cette liste essaie de s’adapter à la réalité telle qu’on la perçoit au contact des partenaires Haïtiens. Une différence de taille avec le Sénégal, par exemple, est qu’en Haïti la nécessité de construire des barricades/haies autour de chaque champs pour les préserver du bétail errant est complètement intégrée dans les pratiques paysannes. Inutile donc de vouloir « promouvoir » cette  pratique.

La liste à l’heure actuelle est la suivante (et risque encore de beaucoup évoluer) :

  1. Planter des arbres. Pour créer un couvert ombragé, retenir et enrichir les sols, conserver l’eau, nourrir les hommes, attirer des animaux bénéfiques
  2. Pas de brûlis. Pour ne pas tuer la microfaune et perdre en fumée la matière organique qui pourrait enrichir le sol
  3. Paillage systématique avec tous matériaux organiques disponibles. Pour protéger le sol du soleil, conserver l’eau, favoriser la vie du sol, et retourner la matière organique vers le sol (quand le paillage se décompose)
  4. Compostage. Pour valoriser les matière organiques non utilisées, remplacer les engrais chimiques couteux, reconstruire la fertilité du sol.
  5. Conservation de l’eau. Utiliser chaque goutte par des usage multiples en cascade : se laver les mains à l’aide d’une noix de coco percée, en arrosant des plantes et leur paillage, qui sont au pied d’un arbre…. faire des diguettes en bas de chaque champs, en aval de chaque arbre…
  6. Pas de labour ou bêchage, aérer seulement le sol. Pour conserver les couches en ordre, préserver  la microfaune, garder la couche d’humus, et favoriser la pénétration de l’eau
  7. Garder et sécher des graines. Pour renouveler ses plantations gratuitement chaque année.

Petit à petit…

Une rencontre rare…

Daniel Rodary (Biomimicry), Aviram Rozin (Sadhana Forest) et Pierr Rabhi

Daniel Rodary (Biomimicry Europa), Aviram Rozin (Sadhana Forest) et Pierre Rabhi (Les Colibris, Terre et Humanisme, etc…) . –  Photo Céline Robineau/Sadhana Forest

Parfois les évènements « complotent » de façon vertueuse…il suffit alors de suivre le flot pour arriver a des réalisation rares, en toute simplicité et sans efforts.

Aviram Rozin, directeur de Sadhana Forest qui est une des deux ONG partenaires terrain en Haïti pour le programme Arbres Sauveur, passait faire une conférence à Die dans la drôme, de retour d’Haïti et en route vers l’Inde.

A 140km de là j’habite avec ma famille dans un eco-hameau fondé par la fille de Pierre Rabhi en Ardèche méridionale, à quelques kilomètre de la ferme de Pierre Rabhi.

Nous devions bien sûr nous voir avec Aviram  pour avancer le travail en commun à Haïti.

… résultat : quelques « connexions activées » plus tard, nous passons une après midi à discuter reforestation, agro-écologie et humanisme dans le monde, dans la lumière dorée d’un soleil d’hiver, autour d’un thé à la menthe servi par Pierre…

Et en prime une conférence « intime » d’Aviram sous une yourte, un repas partagé avec des passionnés de tout bord, et quelques graines de collaborations futures semées entre  Biomimicry Europa, Sadhana Forest, Pierre Rabhi et l’équipe de  Terre et Humanisme…

Merci la vie !

Formation au « Compost Tea »

Durant la formation de Novembre, le formateur de Sadhana Forest, Jean Arnaud (en bleu) forme les stagiaires à la fabrication du "Thé de Compost"

Formation au « compost tea », fin novembre 2012, à Sadhana Forest, par Jean Arnaud (en bleu clair au milieu).
Photo D Rodary/Biomimicry Europa

En fin novembre 2012, nos deux équipes de formateurs se sont retrouvées à Anses-à-Pitres, dans les installations de Sadhana Forest Haiti, pour une semaine de formations croisées entre les équipes, et avec une trentaine de personnes issues des environs.

Ici Jean, le formateur de Sadhana Forest, explique à tous la fabrication du « compost tea », ou extrait de compost, qui permet à partir d’un compost mature de créer en 2-3 jours 20 litres d’engrais puissant et naturel par kg de compost.

Le principe est de favoriser la multiplication rapide et exponentielle (surtout en conditions tropicales !) des bactéries aérobies contenues dans le compost, en leur fournissant ce dont elles ont besoin : eau, sucres (soit de la mollasse, soit de la canne à sucre), azote (déchet végétaux verts, ou ici… urine humaine), oxygène (brassages répétés).

Les avantages sont multiples :

  • on peut utiliser l’engrais directement en arrosage, qui pénètre mieux dans le sol qu’un compost répandu au pied des plantes
  • à partir de 10 kg de compost, on a rapidement 200 litres d’engrais
  • on utilise que des produits naturels et disponibles au jardin ou pas loin

En maîtrisant cette technique (et celle du compost), les petits paysans peuvent d’un seul geste recycler leurs déchets végétaux, se passer d’acheter des engrais très couteux pour eux, et passer du coup en agriculture bio… (car les engrais sont souvent les seuls intrants chimiques utilisés à cette échelle).